Au-delà de la polémique des deux partis politiques Chiites réclamant le ministère des finances et la nomination de leurs ministres, se pose le problème de la déficience innée de la légitimité politique du Pacte national. Comme le droit de gouverner est attribué constitutionnellement aux autorités, sa légitimité est intimement liée à un principe équivoque à savoir « la volonté de vivre en commun ». Cependant, l’absence de référence écrite et d’une définition claire de l’appartenance à la patrie, fragilisent le Pacte national qui est la base de ce principe et le rendent contestable. En plus, il se traduit par une répartition des autorités sans règles fixes et demeure objet d’interprétations différentes et parfois opposées selon la fluctuation de l’équilibre des forces politiques sectaires et la situation de leurs alliances étrangères. Comment un Etat de droit imposant la loi et l’égalité peut alors s’ériger, si sa légitimité n’est ni une ni unique ? D’ailleurs, limiter la compréhension de l’Etat libanais au principe constitutionnel flou du « vivre en commun », laisse la légitimité sans fondement social universel et sans valeurs nationales solides. Donc, il est impossible d’avoir une conception claire de l’intérêt national et du bien commun. En effet, la légitimité constitutionnelle ne peut s’instaurer sur un principe qui se traduit dans des lois qui restent lettre morte, mais sur des critères moraux, d’intérêts communs exhortant le peuple d’une même société à accepter, moralement et politiquement, l’autorité. Mais si la légitimité elle-même est éparpillée et ne reflète ni les valeurs non confessionnelles communes des citoyens, ni le bien commun, comment les citoyens peuvent-ils alors avoir confiance en leurs dirigeants et envisager l’avenir de leur pays avec optimisme ?.