Devant l’impuissance à effectuer les réformes promises et à freiner l’effondrement monétaire et économique du pays, et après l’explosion apocalyptique qui a dévasté la moitié de Beyrouth, la démission du Premier ministre Diab le 10 août dernier devint pour beaucoup de libanais inéluctable. L’étonnement de nombreux citoyens fut à son comble lorsqu’ils entendirent cette déclaration du Premier ministre : « Le système de corruption s’est étendu au sein de l’Etat…Je me suis rendu compte que ce système est plus grand que l’Etat qui, les mains liées, n’a pas réussi à le combattre ». Puisqu’il venait d’un milieu académique avant d’entrer sur la scène politique, le Premier ministre devait évidemment savoir, au moins théoriquement, que la corruption était bien enracinée dans l’Etat ; il a sans doute alors voulu dire qu’il a expérimenté son impuissance à la combattre. En effet, la façon dont le système de gouvernement évoluait depuis l’indépendance jusqu’aujourd’hui, avait créé une société qui ressemblait à celle issue de la kleptocratie dont parle l’écrivain Patrick Meney.